Depuis Ma Fenêtre / From My Window

Maxime Zucca, Paris. 
22 June 2020

Many voices. Greener cities. Better cities.

Read this in English.

J’ai pu voir de nombreuses espèces pendant mon confinement au Covid, même depuis mon appartement parisien. La nature est toute proche.
J’ai fait les chroniques confinées quotidiennes pendant la quarantaine parisienne, et voici quelques observations récentes de notre maison à Pantin, dans la banlieue nord-est de Paris.

Les Mésanges charbonnières qui ont élu domicile dans le trou du mur de mes voisins ont quitté leur nid ce matin. Des six jeunes, un a fini croqué par une pie, mais les 5 autres ont passé leur journée à attendre patiemment leur nourriture dans le cerisier de la cour. Photo du jour d’un des jeunes fraîchement sorti : 

Cet essai fait partie de la nouvelle initiative : TNOC Francophone
Le couple de Rougequeues noirs qui niche vraisemblablement dans la rue voisine se fait discret. Le mâle ne chante plus que quelques fois par jour. Il y a 10 jours, un jeune mâle (2e année) est venu concurrencer le mâle bien noir qui occupe habituellement les lieux. La femelle s’intéressait à lui, le vieux mâle tentait parfois de le chasser, mais s’en désintéressait le plus souvent. L’idylle a été intense (poursuites et vols à deux toute la journée mais brève, car je ne l’ai jamais revu, ce ne fut qu’une amourette de passage, mais peut-être en a-t-il profité pour s’accoupler discrètement comme cela arrive si souvent chez les oiseaux 🙂.

J’ai eu la surprise pendant le confinement d’entendre le rougequeue noir émettre plusieurs imitations, dont le chant du Pouillot véloce, le cri du Chevalier culblanc et du troglodyte, et des babils que je n’avais jamais entendus. 

Mais j’ai eu encore plus de plaisir à écouter le chant du Rougequeue à front blanc qui niche de l’autre côté de la rue, dans l’enceinte du Lycée Berthelot. Il niche là depuis l’an dernier (en tout cas je ne l’avais jamais vu avant), dans le vieux mur que l’on voit au fond. J’en suis à 14 espèces imitées par ce mâle très imitateur, qui passe son temps en particulier à faire le chant de la grisette et du grimpereau. Aujourd’hui, il m’a gratifié pour la première fois du chant du Cochevis, juste avant de s’accoupler avec sa femelle ! 

A côté de lui, la Fauvette à tête noire chante quotidiennement, mais ce mâle n’est pas coutumier des imitations pourtant fréquentes chez l’espèce. 

Le confinement a donc été l’occasion d’apprendre des choses sur des espèces très communes : je n’avais jamais par exemple entendu le chant de la Pie, sorte de babil grinçant, et pendant le mois de mars ça m’est arrivé à plusieurs reprises !

Nous sommes à 300m du cimetière de Pantin. Depuis 2-3 ans, un couple de Faucons hobereau y niche, ce qui est remarquable, à 500m de Paris. Mais c’est également le cas dans les bois de Vincennes et Boulogne, et dans d’autres cimetières périphériques. Incroyable comment cette espèce a regagné du terrain. En montant sur le toit, j’ai le bonheur de le voir de temps en temps passer au ras des toits, et la semaine dernière j’ai entendu le couple émettre de sortes de petits cris de perruches que je n’avais jamais entendus, alors que l’un des deux tenait un oiseau dans les serres. 

 

Nous habitons à 2-3 km à vol d’oiseau du nid de Faucon pèlerin de la tour des Lilas, et encore aujourd’hui, j’ai vu la femelle cercler au-dessus de chez nous. Ce luxe d’ornithologie urbaine est tout récent, j’en rêvais quand j’étais gosse, c’est devenu presque habituel. Quel changement ! Je pensais qu’il s’agissait de ce couple jusqu’à ce que j’observe aujourd’hui les deux oiseaux sur une tour abandonnée de la porte de la Villette, visible en me plaçant à l’extrémité de mon toit ! Il semblerait bien que nous ayons à faire à un nouveau couple de pèlerin, juste au bord du périphérique parisien !  

Avec le survol quotidien des perruches, notre environnement s’est modifié à grande vitesse. Sans parler des goélands, bruns et argentés, que j’observe quotidiennement. 

Aujourd’hui, avec le beau temps qui a suivi la pluie, je suis remonté sur le toit, en 2h, entre deux lectures de mails, j’ai vu un Milan noir et un Balbuzard pêcheur en migration, et quelques hirondelles rustiques. Coup de chance ! 

Plus classique, depuis mars j’ai eu plusieurs fois l’épervier, généralement repéré grâce aux cris des corneilles qui viennent le houspiller.  

 Au rayon des grosses surprises, il y a 10 jours, le 23 avril, alors que j’étais sur mon ordinateur dehors comme ce soir, un Oedicnème s’est mis à crier pendant une vingtaine de secondes ! C’est un étrange oiseau des milieux secs, qui adore les carrières et autres terrains nus. Le couple le plus proche est à environ 15 km, aux abords de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, mais l’espèce est connue pour faire des déplacements assez longs la nuit pour s’alimenter et est loquace en vol. 

Il n’y a pas que les oiseaux, et outre les souris domestiques qui passent de temps en temps dans notre cuisine et les Pipistrelles communes en vol le soir, quelques insectes sont de passage. Pendant le beau temps de la semaine dernière, j’ai eu la visite quotidienne d’un Brun des Pelargoniums sur les géraniums de mon voisin (photo ci-dessous), petit papillon introduit dans le nord de la France. Un Némusien est passé brièvement, l’Azuré des nerpruns est présent en continu.   

Les Xylocopes (les grosses abeilles charpentières noires) patrouillent en permanence et sont étonnamment nombreux et presque chaque jour, une ou deux cétoines dorées viennent butiner. De notre tas de bois s’est envolé un Petit Capricorne, on va peut-être participer involontairement à l’installation de l’espèce dans un des parcs voisins ! Les Osmies cornues étaient fréquentes il y a un mois mais je ne les vois presque plus.  

Un syrphe que je n’avais pas souvent vu en ville, Merodon sylvestris, a fait une apparition la semaine dernière, et une autre espèce, Myathropa florea, semble intéressée par le terreau de notre petit pin, il pond surement dedans.  



Bonne dernière semaine confinée ! 

(NDLR : Le confinement devrait être levé progressivement en France à partir du 11 mai 2020). 

Maxime Zucca
Paris

Toutes les photos sont de Maxime Zucca.

Sur The Nature of Cities

* * *

Outside My Window

I could see many species during Covid confinement—even from my Paris apartment. Nature is nearby.
I have made daily confined chronicles (in French) during the Paris Covid quarantine, and here are some recent observations from our home in Pantin, in the north-eastern suburbs of Paris.

The Coal Titmouse family that took up residence in the hole in my neighbour’s wall left their nest this morning. Of the six youngsters, one ended up biting a Magpie, but the other five spent their day patiently waiting for their food in the cherry tree in the courtyard. Here is a daytime photo of one of the youngsters, freshly emerged:

This essay is part of the new initiative: TNOC Francophone.
A couple of Black Redheads, who are probably nesting in the nearby street, are discreet. The male now only sings a few times a day. Ten days ago, a young male (a 2 year old) came to compete with the black male that usually occupies the premises. The female was interested in him, the old male sometimes tried to chase him away, but most often lost interest. The romance was intense (chases and flights in pairs all day long) but short. I never saw him again; it was only a passing fling, but maybe he took advantage of it to mate discreetly as it happens so often in birds 🙂

I was surprised during the confinement to hear the Black Redstart emitting several imitations, including the song of the Swift Warbler, the cry of the Leach Knight, and the Troglodyte, and babbling that I had never heard before.

But I had even more fun listening to the song of the Red-headed Redstart nesting across the street, in the grounds of the Berthelot School. It has been nesting there since last year (at least I had never seen it before), in the old wall in the back. I have now counted 14 species imitated by this very creative male, who spends his time to make song imitating the Grizzly Bear and the Creeper. Today, he gave me for the first time the song of the Cochevis, just before mating with his female!

Next to him, the Black-headed Warbler sings daily, but this male is not accustomed to the imitations that are common in the species.

So the confinement was an opportunity to learn things about very common species: I had never heard the song of the Magpie, for example, a kind of squeaky chatter, and during the month of March it happened to me several times!

We are 300m from the Pantin cemetery. For the past 2-3 years, a couple of Hobby Falcons have been nesting there. This is remarkable, only 500m from Paris. But it also happens in the woods of Vincennes and Boulogne, and in other peripheral cemeteries. Incredible how this species has regained its ground. When I go up on the roof, I am happy to see it from time to time passing by at roof level, and last week I heard the couple emitting some kind of little parakeet calls that I had never heard before, while one of them was holding a bird in the greenhouses.

 

We live 2-3 km as the crow flies from the Peregrine Falcon’s nest in the Lilac Tower, and even today I saw the female circling above us. This luxury of urban ornithology is very recent. I used to dream about it when I was a kid; now it has become almost usual. What a change! I thought it was this couple until today I observed the two birds on an abandoned tower at the Porte de la Villette, visible from the end of my roof! It seems we have a new pilgrim couple to deal with, just on the edge of the Parisian ring road!

With the daily flight of the parakeets, our environment has changed at great speed. Not to mention the gulls, brown and silver, that I observe daily.

Today, with the good weather that followed the rain, I went back up on the roof. In two hours between, between two sessions reading emails, I saw a Black Kite and a migrating Osprey, and some Barn Swallows. Lucky break!

More classic obswevations: since March I’ve had several times the Sparrow Hawk, which I spotted thanks to the cries of Crows that come to mob it.

A big surprise: 10 days ago, on April 23rd, while I was on my computer outside like tonight, an Oedicnème started screaming for about twenty seconds! It’s a strange dryland bird that loves quarries and other bare ground. The closest pair is about 15 km away, near Roissy-Charles-de-Gaulle airport, but the species is known to make fairly long journeys at night to feed and is talkative in flight.

It is not only birds, and apart from the house mice that spend time in our kitchen from time to time and the common Pipistrelle in flight in the evening, a few insects are passing by. During the nice weather last week, I had the daily visit of a Brown of the Pelargoniums on my neighbour’s geraniums (photo below), a small butterfly introduced in the north of France. A Nemusian passed by briefly, the Buckthorn Azure is continuously present.

Xylocopes (the big black carpenter bees) are constantly patrolling and are surprisingly numerous and almost every day, one or two golden ketones come to forage. A Little Capricorn flew away from our wood pile, we may involuntarily participate in the installation of the species in one of the nearby parks! Horned Osmies were common a month ago but I hardly see them anymore.

A hoverfly that I had not often seen in town, Merodon sylvestris, made an appearance last week, and another species, Myathropa florea, seems interested in the soil of our little pine tree, it probably lays in it.

Happy last confined week!

(Note: Confinement was gradually lifted in France starting on 11 May 2020).

Maxime Zucca
Paris

On The Nature of Cities

All photos are by Maxime Zucca.

Maxime Zucca

About the Writer:
Maxime Zucca

MZ is an ornithologist, working at the Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), France main bird protection NGO, as a director of nature protection department. He has written books on Bird Migration and on Paris breeding birds.

Maxime Zucca

Maxime Zucca

MZ is an ornithologist, working at the Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), France main bird protection NGO, as a director of nature protection department. He has written books on Bird Migration and on Paris breeding birds.

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